Le film met en scène la vie de jeunes de banlieues autour de la haine pour les forces de maintien de l'ordre, ce qui fut à l'origine d'un débat d'opinions concernant son influence, en tant qu'œuvre cinématographique, sur la société.
Le contexte lié à la sortie de ce film faisait suite à quinze années de perturbations croissantes dans les zones urbaines périphériques, qui ont considérablement choqué l'opinion et modifié sa perception. La mort de Malik Oussekine est citée dans le film également.
De plus, chaque personnage représente une minorité religieuse ou éthnique de la société française : un juif, un maghrébin et un noir. L'amitié du trio est fédératrice et symbolise le sujet du film : la condition des personnes reléguées dans les cités est comparable.
Le découpage en trois mouvements structure également l'évolution dramatique : scènes d'exposition de la cité en marasme, au lendemain d'une nuit de violences, suivies d'une nuit blanche au centre de Paris où le trio est confronté à diverses situations l'amenant à la perception du mépris. La troisième partie est un dénouement allant dans le sens de cette descente graduelle, justifiant son aspect inexorable.
L'élément fédérateur tout au long du film concerne les postures du personnage de Vinz, à la psychologie comparable à Travis dans Taxi Driver, comparaison qui le fascine au point de rejouer la scène anthologique du caïd qui teste ses expressions de dureté face au miroir de sa salle de bain: "C'est à moi que tu parles ?" Les deux amis de Vinz vont tenter au fil des scènes de le raisonner face aux contradictions, appelant à la vengeance aveugle, qui le traversent. Vinz parviendra à les surmonter au petit matin. Mais la succession des évènements sera la plus forte.
La réplique "C'est le malaise des banlieues" prononcée par le directeur de la galerie une fois la porte fermée suite au départ de nos trois protagonistes souligne le malaise de la société en général qui elle aussi leur ferme ses portes.
Le film ne donne raison ni au protagoniste ni à la police. Il montre juste comment s'installe la spirale de la haine.
Ce film a été tiré d'une histoire vrai d'un jeune: Makomé M'Bowolé qui s'est fait tuer d'une balle dans la tête par un policier lors de sa garde à vue dans le XVIIIème arrondissement de Paris en 1993. Quoique la réduction de la vie des jeunes en banlieue à leur opposition aux policiers soit une interprétation simplificatrice du film, ce dernier est un des rares à donner un point de vue « de l'autre côté du miroir » vis à vis des idées préconçues généralement convoyées autour de cette situation : exclusion, échec des politiques urbaines, racisme larvé.
En ce sens, le film est précurseur, et un des rares en France à tenir un propos divergent de la pensée unique ; son attitude peut se comparer à un cinéma tel que celui de Ken Loach, quasiment inexistant en France.
Titre : La Haine
Réalisation : Mathieu Kassovitz
Scénario : Mathieu Kassovitz
Production : Christophe Rossignon pour Lazennec Productions, La Sept Cinéma, StudioCanal
]Directeur de la photographie : Pierre Aïm
Montage : Mathieu Kassovitz et Scott Stevenson
Date de sortie en France : 31 mai 1995
Film français
Format : Noir et blanc - 1,85:1 - son Dolby numérique - 35 mm
Lieu du tournage : Chanteloup-les-Vignes, Cité de la Noé
Genre : Comédie dramatique
Durée : 95 minutes
Box-office france : 2 042 070 entrées
Budget : 2,59 millions d'euros. 15 millions de francs
Film interdit aux moins de 12 ans lors de sa sortie en salle


